Contexte
Suite à cet été de sécheresse et de canicules successives particulièrement précoces dans la saison, quelles sont les solutions et les priorités du gouvernement ? La sauvegarde de notre climatiseur naturel qu’est la forêt ? La protection des zones humides qui sont en déclin et dont nous avons plus que jamais besoin ? La préservation de nos terres agricoles, indispensables pour notre autonomie alimentaire, alors que les rendements sont actuellement catastrophiques ?
Et bien NON, tout au contraire l’État accélère leur destruction ! Dans le cas de l’A412, il s’agit de bétonner des terres naturelles pour seulement 16,5 km d’autoroute entre Machilly et Thonon-les-Bains en Haute-Savoie : plus de 180 hectares de milieux naturels et de terres agricoles où sont produites du reblochon, fromage savoyard réputé, sont menacés dont 76 hectares de forêt et 56 hectares de zone humide. 40 cours d’eau seront également traversés et les profils de 13 cours d’eau seront définitivement modifiés alors que plusieurs espèces protégées y vivent dont des castors. La biodiversité et le cycle de l’eau seront ainsi directement et irrémédiablement impactés.
Passage en force de l’État
Après une consultation publique expéditive au printemps, “réalisée sans véritable enquête publique et sans aucun avis indépendant” dénoncée par France Nature Environnement (FNE) Haute-Savoie, l’autorisation environnementale a été délivrée le 28 août 2026 par le Préfet de Haute-Savoie, Jérôme Bonet, dont la prise de fonction datait seulement de quelques jours (17 août). Les travaux ont débutés rapidement malgré une opposition importante et le 7 septembre les abatteuses sont entrées en action pour raser le plus vite possible la forêt. Alors que plusieurs recours juridiques ont été déposé le 14 septembre et sont en cours, la destruction se poursuit implacablement : ainsi quand il n’y aura plus rien à sauver leur résultat n’aura plus importance.
Pourquoi
En pleine sécheresse l’état autorise donc l’abattage d’arbres et la destruction de zones humides et de terres agricoles : pourquoi, à qui cela profite-t-il réellement en dehors bien entendu du promoteur Eiffage : à la multinationale Danone qui pourra ainsi transporter ses bouteilles d’eau d’Évian à moindre coût que par le fret ferroviaire.
L’hypocrisie du discours écologique de BBF
Dès le début du mois de septembre, les abatteuses de BBF ont commencé à raser la forêt à Machilly, cautionnant de fait le massacre de l’écosystème forestier, de zones humides et de cours d’eau, et ce sans attendre le résultat des actions en justice en cours. On peut légitimement s’étonner de cet empressement à détruire un environnement aussi riche en biodiversité de la part d’une entreprise qui proclame sur internet être “adhérente à l’Union professionnelle du génie écologique (UPGE) qui est la fédération des entreprises de la filière du génie écologique travaillant sur les écosystèmes pour protéger, gérer, favoriser ou restaurer la biodiversité et les services écosystémiques”. D’un côté BBF protège, de l’autre il dévaste, chercher l’erreur ! Tout ceci témoigne donc de l’hypocrisie du discours écologique de l’entreprise.
Ce mépris de la biodiversité ne date pas d’aujourd’hui. En effet, déjà en 2024 le tribunal de Nevers avait condamné BBF pour avoir volontairement pollué un ruisseau abritant des écrevisses à pattes blanches, pourtant protégées, (pour en savoir plus lire notre article).

Abattre les arbres au mépris de la sécurité des personnes
Début septembre à Machilly, une abatteuse de BBF est entrée en action malgré la présence de manifestants sur le site. Comme on peut le constater sur la vidéo ci-dessous, le conducteur n’a pas arrêté la machine malgré la proximité des personnes comme pourtant la loi l’impose ( voir l’article R717-79-3 du Code rural). Si un manifestant ou un promeneur franchit la limite fixée par la loi et s’approche de la zone de danger, l’opérateur de l’abatteuse a l’obligation stricte d’interrompre immédiatement son travail et d’éteindre la machine pour éviter tout accident. De fait, en moyenne selon la réglementation forestière, une abatteuse mécanique doit maintenir une distance de sécurité minimale de 70 à 90 mètres par rapport aux piétons. On voit bien ici qu’il n’en est rien et que de plus l’ouvrier fait tournoyer son engin de façon dangereuse. Il a heureusement fini par arrêter son abatteuse, mais si cette attitude est irresponsable, elle nous questionne aussi sur cette volonté d’aller vite et de déboiser coûte que coûte. Bien entendu il y a des échéances, celles des jugements et également celle du 31 octobre. En effet l’autorisation environnementale délivrée par le préfet encadre les travaux de déboisement entre le 1er septembre et le 31 octobre, le tempe presse donc !
C’est pourquoi, il est urgent de rejoindre la mobilisation et d’épauler nos camarades sur place. Il y a encore beaucoup à sauver. Si vous souhaitez y aller, envoyez-nous un mail (contact@adretmorvan.org), nous vous mettrons en lien avec la lutte locale.
