Alors que la forêt fait actuellement face à une vague d’incendies sans précédent, il est urgent d’agir et de légiférer pour interdire les coupes rases et protéger cet écosystème dont nous avons plus que jamais besoin.
Tandis que la ressource brûle et disparaît (un feu à la Grande-Verrière a ravagé ce mois-ci plus de 100ha de résineux selon France 3 Bourgogne), la demande en bois est exponentielle : bois énergie pour se chauffer (à l’horizon 2030 la BFC a prévu de produire plus de 50% de sa consommation de chaleur en brûlant des arbres), pour faire voler les avions et bientôt rouler les voitures (comme le projet Nacre qui produira s’il se fait du bioéthanol à partir de biomasse forestière), pour le bois d’oeuvre pour nos maisons, le bois pour nos meubles, nos parquets, nos barrières, pour la papeterie, les cartons, les palettes, etc). La forêt n’est pas en mesure de fournir tout ce que nous attendons d’elle et les conflits d’usage déjà inévitables risquent de se multiplier.
Les coupes rases, quant à elle, non seulement réchauffent drastiquement les sols et favorisent leur érosion, mais impactent également la biodiversité et les arbres qui la jouxtent. Des alternatives existent à ces coupes rases mortifères comme la sylviculture douce qui, elle, préserve l’écosystème forestier (SMAC, Sylviculture Mélangée à Ambiance Continue).
Face à ces chaleurs extrêmes, n’oublions pas que les arbres constituent notre meilleur rempart. Il peut y avoir jusqu’à 15 degrés d’écart de température entre le sol d’une coupe rase et celui du sous bois d’à côté. La forêt est un climatiseur efficace, il est donc indispensable de la préserver vu les canicules auxquelles nous faisons face de plus en plus souvent.
C’est pourquoi Adret Morvan réclame depuis des années l’interdiction des coupes rases et une loi pour les interdire. En attendant qu’une proposition de loi allant dans ce sens soit votée, il faut de toute urgence instaurer un moratoire sur ces coupes délétères.

Parallèlement il est également crucial de repenser rapidement le mode de sylviculture, de préserver nos forêts mélangées et étagées de feuillus. Ce sont elles qui ont le plus de capacité à résister à ce qui s’annonce : elles sont un écosystème riche, nourricier et vivant, elles sont l’habitat d’une grandes variété d’espèces tant de végétaux que d’animaux, elles produisent notre oxygène, elles absorbent le CO2 (dont la moitié est stocké dans le sol forestier), elles participent au cycle de l’eau en la retenant, la filtrant mais également par évapotranspiration d’où la fraîcheur que nous ressentons sous les arbres, en conséquence elles font mieux face aux incendies. Ces forêts diversifiées sont également peu sensibles aux parasites et ravageurs.

À l’inverse, les plantations de résineux, en rangs bien serrés, sont constitués d’une seule essence d’arbre, tous du même âge. Le sol en dessous, est très acide et désertique. Il suffit de se promener dans une monoculture de pins Douglas pour le voir : sol desséché, aucun bruit, biodiversité quasi absente. Il y a peu d’évapotranspiration et donc de fraîcheur, l’atmosphère y est sèche et aride, ce qui explique leur sensibilité aux incendies, comme on a pu le voir à la Grande-Verrière. Enfin, ces monocultures sont également très sensibles aux parasites et ravageurs, comme nous le voyons en Morvan avec la crise des épicéas scolytés. Peut-être pourrait-on essayer de diversifier ces plantations ou, après une coupe rase, laisser la régénération naturelle se faire, plutôt que de replanter selon le même modèle sylvicole.
En attendant, chacun·es peut agir : ne pas faire de coupes rases chez soi quand on est propriétaire, expliquer et convaincre ses voisin·es, sensibiliser sur cette problématique, etc. Nous pouvons tous·tes contribuer à mettre ce sujet d’actualité et à faire cesser cette pratique délétère.
