Dimanche 15 mars 2026, un incident s’est produit sur une unité de méthanisation, située route d’Athie à Provency.
Pour information, la méthanisation consiste à valoriser les déchets de la ferme (fumier, lisier, paille, restes d’ensilage, mais aussi des produits non agricoles comme des boues d’épuration, des produits périmés de la grande distribution, etc) en les mettant dans une sorte de grosse marmite avec un grand couvercle, ce qui va produire par fermentation sans oxygène pour moitié du méthane (le même que le gaz domestique distribué par le réseau national), et pour une autre moitié du gaz carbonique CO2. Les résidus liquides et solides sont appelés « digestat » et sont destinés à être épandue sur les terres agricoles comme un engrais organique naturel.
Nous avions pointés les dangers liés à ce digestat dans le cadre de notre analyse concernant les ZAER, notamment un risque de pollution à plusieurs niveaux lors de son épandage. Tout d’abord le digestat contient une grande proportion de nitrates. Or ces derniers sont très solubles dans l’eau. Par conséquent, le digestat doit impérativement être épandus au moment où les plantes peuvent l’utiliser sinon il peut s’infiltrer dans le sol au risque de polluer les cours d’eau et les nappes phréatiques. Comme les périodes de production ne correspondent pas nécessairement à celles d’utilisation, les digestats doivent être stockés, que ce soit sur la zone de production ou dans des réservoirs souples près des zones d’épandage, avec tous les risques de fuite que cela comporte.
De plus les risques sanitaires du digestat (pesticides, bactéries, résidus des traitements des animaux…) sont importants. Ils pourraient être évités en effectuant un chauffage à plus de 70°C (dans les faits non pratiqués, ni obligatoire), et par un épandage particulier, évitant les terrains sensibles à la pollution (cf les plans d’épandage déposé en préfecture). De surcroît il y a aussi des risques d’atteintes à la biodiversité via l’ammoniaque épandu qui tue les vers de terre et toute la micro-faune de surface.
C’est donc 100 mètres cubes de ce digestat qui se sont déversés dans le ru du Vau de Bouche voisin de Provency. En quelques jours, les conséquences pour l’écosystème ont été dramatiques puisque tous les poissons sont morts. Des agents de l’Office français de la biodiversité (OFB) sont venus constater les dégâts ainsi que les services vétérinaires de la préfecture. On ne connaît pas encore leurs conclusions. Par ailleurs, le maire de Provency a, quant à lui, fait part de sa grande inquiétude concernant les captages d’eau de sa commune.
Si par exemple un tel accident se produisait à la méthanisation d’Etaule, le digestat pourrait arriver dans le Cousin en amont de la station de puisage d’eau pour Avallon avec donc de graves conséquences.
Pour en savoir plus, lire l’article de l’Yonne républicaine.
