Vers la forêt !

par Clarisse Holik et Christian Vieux.

Forêt domaniale, forêts de rente et luttes locales pour la préservation de forêts mixtes gérées durablement sont l’objet  d’une partie du voyage d’études que réalise Ruth Mier Y Tera, du Centre Amazonien d’Anthropologie et d’Applications Pratiques au Pérou*, invitée par le CCFD-Terres solidaires en ce début juin .

C’est ainsi que mardi 2 juin, en Forêt de Vincence (1749 ha de forêt domaniale)  Ruth Mier Y Teran,  rencontrait Christian Vieux, forestier de l’ONF (Office National des Forêts) à la retraite et des représentants d’associations telles qu’Adret Morvan ou Nivern’haies et Forêt, qui oeuvrent toutes pour préserver des forêts gérées durablement . 

Si les populations autochtones du Pérou vivent  dans et de la forêt amazonienne qui couvre les deux tiers du territoire du Pérou, elles ne sont protégées que dans certaines limites territoriales, ces limites étant sans cesse remises en cause par les industries extractives ou celles du bois. Le tourisme vert peut lui aussi dans une certaine mesure être un frein à l’autonomie des peuples autochtones.

Mais écoutons Christian Vieux : les forêts françaises couvrent, à l’heure actuelle, près d’un tiers de la France, un quart étant géré par l’Etat, le reste étant privé. Les parcelles de 75 % des propriétaires privés font moins de un hectare. La forêt de Vincence suit l’histoire classique. Passée à la révolution française des mains d’un seigneur local et d’une commanderie de templiers à l’état, elle est soumise à une sylviculture qui évolue en fonction des besoins de la population. Il y a beaucoup de types de forêt car la France est une mosaïque de sols différents.

Les forêts françaises sont  bien moins riches en variétés différentes d’arbres que la forêt amazonienne. Par exemple, en forêt de Vincence, il n’y a qu’une trentaine de variétés de feuillus. L’homme a conçu la forêt en s’appuyant sur la nature, sur un ensemble d’éléments naturels. Il y a cependant des erreurs, des abus. 

Revenons à l’histoire : Il y a cent cinquante ans, la forêt, dans la Nièvre, était destinée à trois usages : le chauffage des gens, l’exploitation du minerai de fer et l’approvisionnement de Paris en bois de chauffage via le »flottage du bois». Dans la Nièvre, le sol et les pierres contiennent du fer; on récupérait les pierres,  le moulin à eau les cassait, on les faisait chauffer avec du charbon de bois et on obtenait de quoi alimenter l’industrie sidérurgique. Quand la houille a remplacé le charbon de bois, les petites forges forestière se sont éteintes . Ces fortes pressions ont fait chuté le taux de boisement vers 1850 à 8 % du territoire national contre 28% aujourd’hui. Après la deuxième guerre mondiale, la France était déficitaire en bois de construction : on a donc eu recours à l’importation, en particulier, du bois des forêts de Scandinavie. De 1955 et 1980 on a fait un gros travail de reboisement mais principalement des résineux (Pin Douglas dans le Morvan) qui poussaient plus rapidement. Ce choix politique a créé des forêts monospécifiques loin d’une sylviculture durable.

Christian Vieux arrive en 1981 en forêt de Vincence. On connaissait déjà les conséquences de la pollution avec les »pluies acides». Les forêts de l’Est dépérissaient. Quelles solutions ? Sur Vincence les forestiers ont  eu la chance de voir se mettre en place deux dispositifs de suivi des peuplements (croissance, pollutions, écosystèmes…). Un protocole européen qui existe toujours (RENECOFOR) : on examine tout ce qui tombe du ciel; eau, feuilles, insectes, ainsi qu’analyses chimiques répétées des sols  et on constate l’évolution des pollutions atmosphériques et leurs charges pour les  50 ans à venir. L’autre site a été mis en place par l’INRAE (Institut national de la recherche pour  agriculture, l’alimentation et l’environnement). Un ingénieur de Bordeaux et un technicien (Alexis Ducousso + Jean-Marc Louvet) ont planté sur 4 sites en France (dont un en forêt de Vincence)  sur 30 ha des glands prélevés sur toute l’Europe, afin d’observer leur évolution comparative. Ces deux réseaux ont rapidement été missionné pour suivre le réchauffement climatique et ses conséquences sur nos forêts.

Bien que les forestiers se soient appuyés sur le respect et les potentialités de la nature, Christian Vieux reconnaît le bien fondé des organisations syndicales qui ont souvent reproché les orientations et politiques forestières tournées vers la seule rentabilité.
Ses propos sont commentés par les représentants des associations : les coupes rases, les forêts monospécifiques, la désorganisation de la filière bois qui envoie des grumes à l’étranger qui reviennent sous forme de meubles sont pointés…de plus en plus de citoyens se mobilisent pour acheter des petites parcelles aux propriétaires privés pour les gérer durablement et travailler avec la politique européenne.
Les forestiers revendiquent que soient reconnus comme bien d’intérêt général, l’ensemble des services que peuvent rendre les forêts, la production comme la qualité de l’air, de l’eau, le stockage du carbone, la biodiversité et le rôle social.

Au Pérou, comme ici, il faut savoir entendre les populations locales, c’est elles qui connaissent le mieux la forêt.

Quelques commentaires particuliers : il faut se réapproprier la connaissance des milieux et des sols. Un élément a disparu chez nous (en France) mais pas chez vous (au Pérou), la population est devenue urbaine et a peur de la nature, de la forêt. Or on ne peut comprendre ce qui fait peur.

Notes :

* Le CAAAP est une institution engagée pour la défense et la promotion des droits des populations autochtones vulnérables en Amazonie péruvienne, dans un contexte marqué par des conflits. 

Le CCFD-Terres Solidaire accompagne des projets locaux autour de : la souveraineté alimentaire, les migrations internationales, la paix et le vivre-ensemble, la justice économique, la justice climatique et la promotion de l’égalité hommes-femmes. Il s’attaque aux causes et travaille sur le long terme.


 

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