Parc national Champagne-Bourgogne : une belle image de la gestion forestière française ?

 Promesse du Grenelle de l’environnement, réponse à une demande récurrente de l’Europe, la France va créer son premier Parc naturel national « feuillus de plaine » à cheval sur le nord de la Côte d’Or (21) et le sud de la Haute Marne (52). Au sein de cet espace forestier, majoritairement géré par l’ONF (forêts domaniales et communales), et encore relativement préservé des ravages de la sylviculture productiviste, la première réserve intégrale française vouée à la préservation des forêts de feuillus anciennes et de leurs écosystèmes est en passe d’être sérieusement impactée par des prélèvements de gros et vieux bois auquel la direction de l’ONF, pilotée par l’Etat, ne veut pas renoncer.

Un Parc national sans réserve intégrale ?

Après des coupes importantes en 2009, au moment même où se dessinait la carte de la réserve intégrale, puis en 2014, de nouvelles coupes sont programmées qui auront pour résultat d’hypothéquer la pertinence même de la réserve et par là celle du Parc national. La direction de l’ONF, soutenue par les pouvoirs publics dans une logique purement financière, aurait décidé de siphonner toute la valeur bois avant la création officielle de la réserve qu’elle ne s’y prendrait pas autrement.

Malgré de nombreuses contestations, la direction de l’ONF persiste et maintient la vente de gros bois prévue le 25 novembre prochain, ainsi que les prélèvements ultérieurs en régie, alors même que l’ONF se positionne en tant que principal acteur de la gestion durable et en tant que futur gestionnaire du Parc !

Encore mieux, avant de devenir le gestionnaire (rémunéré) du futur Parc, l’ONF chiffre de façon arbitraire son manque à gagner pour l’abandon de sa gestion dans la réserve intégrale et demande à être indemnisé du bois qu’elle ne pourra plus couper.

On aimerait savoir à qui appartiennent les forêts domaniales et qui subventionne l’ONF depuis sa création, en contre-partie d’une mission d’intérêt public de la forêt ?

Un Parc national au service des industriels ?

En dehors de la réserve intégrale (et des deux réserves complémentaires), les discussions autour de la Charte forestière qui régira la gestion des autres espaces forestiers publics et privés du Parc sont dirigées par les professionnels de la filière, qui disposent avec le soutien des pouvoirs publics d’une majorité écrasante dans la commission forêt et s’orientent vers des mesures purement incitatives à peine à la hauteur d’un Parc régional. Pire, le projet de Charte pose comme premier principe celui de mobiliser plus de bois, et compense ce « produire plus » avec un « plus de biodiversité » qui sera confié à la généralisation des certifications forestières PEFC et FSC dont l’insuffisance, en terme de préservation de l’équilibre biologique des forêts, n’est plus à démontrer.

Autant dire que le futur Parc national, présenté comme la future vitrine de la gestion forestière française (sic) ne sera pas à la hauteur des enjeux affichés …

 Vous voulez contester la logique purement financière de la direction de l’ONF ?

Soutenez l’intersyndicale des forestiers de l’ONF contre le démantèlement et la vente des forêts domaniales en signant leur pétition. Sans le soutien de la société civile, les forestiers de l’ONF auront bien du mal à se faire entendre :

Défendons la forêt publique française

ADRET MORVAN